Guy Môquet : le mythe et l’histoire

Le PCF a utilisé la légende du jeune communiste pour mieux faire oublier son attitude en 1940, aux antipodes de la résistance
lundi 22 octobre 2007.
 
La mise en scène larmoyante de la lecture de la lettre de Guy Môquet à ses parents n’est pas avare d’arrangements avec la réalité historique.

Guy Môquet a été fusillé à l’âge de 17 ans le 22 octobre 1941 par les nazis. Faire de Guy Môquet et de ses 26 camarades des « résistants de la première heure » relève de la téléologie puisque la plupart d’entre eux ont été arrêtés en un temps où le PCF, pris dans la logique du pacte germano-soviétique, était tout sauf résistant.

Après avoir mis au rayon des accessoires son antifascisme, condamné une guerre devenue « impérialiste » et appelé plus ou moins ouvertement au sabotage de l’effort de guerre au printemps 1940, le PCF a profité de l’effondrement militaire de la France et de la chute de la République « bourgeoise » pour prendre à l’été 1940 une série d’initiative qu’aucun martyre ultérieur ne saurait effacer : transactions avec les autorités d’occupation pour la reparution de la presse communiste dont les arguments désormais connus donnent une idée du « patriotisme » du PCF.

Guy Môquet, arrêté le dimanche 13 octobr 1940 à la gare de l’Est par 3 policier de la préfecrure de police agissant sur « indication », revendique dans sa déposition avoir voulu remplacer son père, le député communiste Prosper Môquet, militant depuis 1925, élu lors des élections de 1936, invalidé et condamné par le III République pour son refus de désavouer le pacte germano-soviétique.

Jeune lycéen exalté, il a dès son plus jeune âge baigné dans une culture politique bolchevique, porteur de la tradition familiale stalinienne de ses parents et de ses oncles et tantes qui travaillent pour l’appareil clandestin du PCF. Les tracts qu’il distribue en cet été-automne 1940 s’inscrivent totalement dans la ligne du parti et n’appellent donc pas à la résistance ! Prisonnier d’une logique d’un parti enfermé dans les compromissions de l’alliance Staline-Hitler, Guy Môquet n’a pas pu être le « résistant » qu’on célèbre à tort !

En revanche, ses camarades des jeunesses communistes ont constitué, à l’été 1941, après l’offensive de la Wehrmarcht contre l’Union soviétique, le fer de lance de la lutte armée initiée dans la plus totale improvisation par le PCF. Les premières agressions contre les soldats allemands par les jeunes militants des Bataillons de la jeunesse vont provoquer des représailles sanglantes codifiées en septembre 1941 par le décret Keitel. C’est l’attentat du 20 octobre 1941 contre le Feldkommandant de Nantes, abattus par un commando de 3 jeunes communistes venus de Paris, qui est la cause directe de la fusillade des 27 de Châteaubriant et des 21 autres otages originaires de la région, à Nantes et au Mont-Valérien, le 22 octobre.

Les nazis, en applications de décret Keitel, ont alors respecté une vague proportionnalité dans l’ordre des responsabilités : des jeunes, des communistes, des gens originaires de Nantes. Accaparer cette tragédie à son seul profit et pour sa seul gloire, comme l’a fait le PCF depuis 1942, relève de la récupération politique. Les otages fusillés n’étaient pas tout communistes, Guy Môquet n’était pas le seul jeune...

On chercherait en vain dans les discours prononcés à Châteaubriant, sur les plaques et dans les écrits dressés à la gloire de la résistance communiste, les nom de Christian Rizzo, Marcel Bourdarias, Fernand Zalkinov et leurs camarades exécutés au printemps 1942 pour avoir fait ce que Guy Môquet, en communiste discipliné, n’avait pas fait. Ces jeunes communistes commirent les premiers attentats sur ordre d’un parti qui mit des années à en assumer la paternité après les avoir calomnié leurs auteurs (« ceux qui ont tué le Feldkommandant Hotz sont ceux qui ont incendié le Reichstag ») avant de les effacer purement et simplement de la mémoire.

Jaques Duclos, qui transmit à Aragon les lettres des 27 avec cette injonction :« Faites de cela un monument » fut donc à l’origine d’une forfaiture avec l’Histoire.

Mes enfants ne se rendront pas complices de cette mise en scène obscène et, en mémoire de leur grand-mère qui s’est battue les armes à la main avec ses camarades du maquis du Chérimont contre les nazis, quitteront la salle de classe au moment de la lecture de la lettre de Guy Môquet. Leur proviseur a reçu par courrier recommandé les explications qui précèdent.

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