En juillet 1933, Léon Blum utilisait la formule « social-nationalisme » pour condamner moralement les « néo-socialistes » qui, face à la crise économique et sociale de l’entre-deux-guerres, militaient pour une révision de la doctrine socialiste, en mettant l’accent sur le rôle de l’Etat, l’affirmation de disciplines collectives draconiennes et la mobilisation du sentiment nationaliste. La devise des « néo-socialistes » était « ordre, autorité, nation »... tiens...tiens... tiens... Ils seront exclus de la SFIO en novembre 1933.
Cette expression caractérise trés bien à mon sens la dérive nationaliste qu’on constate tous les jours dans les arguments de la plupart des leaders de la gauche anti-libérale. Faut-il rappeler le « et ben qu’ils aillent se faire foutre ! Les Lituaniens, t’en connais un toi de Lituanien ? j’en ai jamais vu un moi » de Mélanchon ? Faut-il rappeler les propos ouvertement nationalistes du président d’honneur ( ?) d’ATTAC : « Certains disent que le retour au national est un retour en arrière mais, au contraire, c’est un pas un avant » ? Faut-il rappeler les propos de la fondation Copernic qui appelle à des « ruptures nationales partielles avec les règles imposées par l’Union » ? Faut-il rappeler les propos ouvertement germanophobes de Chevènement dans son « La faute de M. Monnet » ?
Force est donc de constater qu’il ne s’agit pas là de propos irresponsables de quelques individus mais d’une tendance de fond qui caractérise la gauche « anti-libérale ». Pour maintenir la référence sociale intacte, celle-ci répond par la nation, comme idéologie et par l’Etat comme opérateur principal. Alors oui, cette idéologie peut-être qualifiée de « social-nationalisme ». Cette formule sert d’ailleurs de titre à un ouvrage de Dominique Reynié, Professeur à l’IEP de Paris et auteur du « Vertige social nationaliste - la gauche du non » aux éditions de la table ronde. Excellent ouvrage dont je vous recommande la lecture (publicité gratuite !). Ainsi, ces « nonistes » nous servent la thèse du « dépassement » de l’Etat nation ou si l’on préfère, de sa refondation : la construction communautaire aurait épuisé ses effets en scellant la réconciliation franco-allemande et en rendant la guerre inimaginable sur le continent européen. Il faut donc s’arrêter là, voire laisser tomber ce qui a été fait, l’Etat nation n’étant plus un danger pour lui-même et les autres. Surtout, l’Union serait devenue une sorte d’ennemie de l’intérieur qui nous empêcherait de prendre notre envol (« concurrence libre et non faussée », « euro fort », etc) et menacerait nos libertés démocratiques et nos conquêtes sociales.
Il faudra s’y faire. Désormais, ce sont les entreprises et les banques qui chantent « l’Internationale » tandis que les soi-disant porte-paroles des prolétaires des pays riches entonnent des airs national-folkloriques, appelant à la taxation des flux de capitaux, à la fermeture des frontières ou au NON à l’Europe. Humez l’air ambiant, vous reconnaîtrez une petite odeur nauséabonde des mouvements nationaux de l’entre-deux-guerres.
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