LOS MOROS AL MAR !

jeudi 31 août 2006.
 
Ou comment quelques jours en Espagne m’ont transformé en sans papiers...

Prologue :

Soit Mme TyrandO qui, au cours de nos vacances dans les Cévennes, me dit qu’elle aimerait bien retourner à Valencia, ville où elle a passé une Licence d’espagnol avant d’entrer à l’Ecole de traduction et d’interprétation (ETI) de Genève.

Pas de problèmes, lui dis-je : je ne suis plus à 500 km près.... Et nous voilà partis : Perpignan, Barcelonna et Valencia.

Le guet-apens :

En arrivant à Valencia, je suis tombé dans un véritable guet-apens organisé par une équipe de moros (comme on dit en Espagne).

Jugez plutôt : Je suis arrêté à un feu rouge à l’entrée de Valencia et, au moment de démarrer, un moros crève ma roue arrière droite avec un couteau.

Un deuxième moros, posté 20 m plus loin, me fait alors signe que ma roue est crevée...

Je cherche donc une place pour me garer correctement sous le regard attentif des dits moros....

Une fois garé, je sors de la voiture en compagnie de Mme TyrandO et je m’étonne que la roue se soit dégonflée aussi vite ; je n’avais pas encore compris que la crevaison n’était pas accidentelle...

Surviennent alors 2 autres moros qui, voyant une plaque française, me proposent leur aide en m’indiquant en français un garage pas loin tout en faisant m’éloigner de quelques mètres de la voiture pour suivre visuellement leurs indications....

Un cinquième moros passe alors derrière la voiture et arrache le sac de Mme TyrandO qui était coincé au sol entre le fauteuil conducteur et la banquette arrière. Mes sois disant bons samaritains prennent alors la poudre d’escampette....

Je comprends trop tard !

Le dit sac contenait tout : nos papiers (permis de conduire, cartes d’identité et passeports), argent, cartes de crédit, chéquiers, téléphones portables, sans compter tout ce qu’une femme peut mettre dans son sac....

La course contre la montre :

Commence alors une véritable course contre la montre pour bloquer tous les moyens de paiement dérobés. Un couple d’Espagnols me prête leur téléphone portable pour appeler la police alors que Mme TyrandO fonce dans le magasin devant lequel j’étais garé pour téléphoner en France. Le commerçant accepte très gentiment et, après quelques coups de fil, les cartes bancaires et les chéquiers sont bloqués ! La police arrive....

Visite de Valencia dans une voiture de la police :

Il s’agit d’un jeune couple plutôt sympa et dont le flic parle très correctement français. Celui-ci prend alors rapidement le signalement des moros et le diffuse à la radio pendant que la fliquette nous explique que nous sommes les troisièmes de la journée à être victimes de ce type d’agression....

Les flics nous enmènent alors au poste de police locale pour y déposer plainte. Leur voiture est une petite seat dont la partie arrière est séparée de la partie avant par une paroi en plastique transparent et dont la banquette arrière est en plastique moulé rigide... Arrivés au poste de police, il faut attendre pour déposer plainte à cause de l’affluence, ce qui a le don de m’énerver... Les flics m’indiquent alors qu’il est possible de déposer plainte par téléphone et de revenir demain matin au poste de police pour la signer ! Dans la foulée, ils nous proposent de nous accompagner à l’hôtel que nous avions réservé... Pendant la visite de Valencia aux frais de sa Majesté Juan Carlos, les flics insistent pour que nous ne jugions pas l’Espagne au regard de ce qui vient de nous arriver et glissent au passage que les moros parlant français viennent... de France ! Nous arrivons à l’hôtel...

La galère :

Il n’est pas évident d’ouvrir un compte à l’Hollyday Inn quand on a plus d’argent, pièces d’identité ou passeports ! En fait, nous aurions été très certainement jetés si Mme TyrandO ne pratiquait pas parfaitement la rude langue de Cervantes ! Ce qui veut dire en clair que les « négociations » ont été orageuses avec la réception... Finalement, la réception accepte de me prêter un téléphone pour appeler un ami qui accepte de donner sa carte bancaire en garantie et m’autorise de tirer dessus 200 €.

L’hôtel me prête alors 20 € pour prendre un taxi et récupérer les valises restées dans le coffre de la voiture.

Nous voilà enfin dans une chambre où nous utilisons le téléphone de l’hôtel pour faire enfin bloquer les portables !

Nous prenons alors la décision de rester à Valencia comme prévu mais il reste à régler le problème de l’argent...

Aucune de nos banques n’ont de succursales ou de correspondants à Valencia, pourtant troisième ville en Espagne... Donc la solution d’un virement interbancaire est exclue.

Je téléphone alors au Consulat pour lui demander de servir de correspondant à ma banque : celle-ci ferait un virement sur un compte du Consulat et j’irais ensuite prendre de l’argent en liquide auprès de leur service comptable. Je précise bien que cette solution ne coûte rien aux contribuables et que je ne demande en aucune façon l’aumône mais le refus est catégorique et le Consulat me dit très clairement qu’il ne peut rien faire pour nous ! En raccrochant, je me promet de péter les dents au Consul lorsque j’irai déclarer officiellement le vol de nos papiers...

En attendant, nous téléphonons au numéro indiqué par les flics pour déposer plainte et tout se passe efficacement : la plainte sera déposée le lendemain matin au poste de police que nous connaissons et il nous suffira de la signer !

Nous dînons alors à l’hôtel et nous nous remettons de nos émotions par une bonne nuit de sommeil !

La galère (suite) :

Le lendemain matin, j’obtiens facilement un rendez-vous avec le Directeur financier de l’hôtel et je mets en place, pour régler par anticipation les frais hôteliers, un virement depuis ma banque qui met quand même 48 h pour être effectif... D’ailleurs, lors de notre départ, la réception de l’hôtel nous a rendu de l’argent sous les regards interloqués des autres clients sur le départ...

Pour récupérer de l’argent liquide, ce fut un peu plus acrobatique.... En fait, la solution me fut soufflée par le Directeur financier qui m’a conseillé d’utiliser les services de Western Union dont les guichets en Espagne sont en fait les agences de voyage.

J’ai donc demandé à l’ami qui m’avait déjà dépanné la veille pour ouvrir un compte à l’hôtel de bien vouloir aller à ma banque prendre sur mon compte de l’argent liquide puis de l’envoyer à Valencia en convenant d’un code, faute de pouvoir justifier mon identité... Ce qui fut réalisé en 2 h !

Nous avons alors fêté la fin de la galère dans un bon restaurant !

Le Consulat :

C’est donc les poches pleines que nous sommes allés au Consulat après être passés au poste de police signer la plainte.

Le Consulat est à l’image du portique électronique à l’entrée : celui-ci siffle à chaque passage mais ne sert à rien dans la mesure où le vigile, trop occupé à faire ses mots croisés, ne lève même pas la tête...

Nous faisons valider la plainte et nous déclarons officiellement le vols de nos papiers ; nous recevons alors un vague récépissé jaune qui vaut permis de conduire et pièce d’identité pendant 2 mois.

Je demande alors à voir le Consul.... Arrive un ventre proéminent soutenu par une ceinture qui pendouille par un bout. Au dessus du ventre, une bouche à l’haleine fétide qui me déclare qu’il est très occupé... Je demande à quoi et la bouche me répond qu’il s’occupe de rapatrier un cadavre. Je lui rétorque que celui-ci a désormais toute l’éternité devant lui et que notre cas est plus urgent (je me garde bien de lui dire que nous avons résolu tous les problèmes au moment où je lui parle).

L’épave humaine qui tient lieu de Consul, car c’est bien le Consul que j’ai devant moi, me redit ce que j’ai déjà entendu par téléphone la veille, à savoir qu’il ne peut rien faire !

Je lui dit alors que je viens d’enregistrer ses propos avec un portable (il n’est pas censé savoir que les moros nous les ont justement volés...), il pâlit et commence à protester en glapissant comme un renard pris dans un piège mais je le plaque contre le mur en lui disant qu’il serait préférable pour lui que les choses en restent là !

Suite et fin :

Retour à l’hôtel où un message de la police nous demande de passer dès que possible pour reconnaître nos agresseurs dans leurs fichiers. Je délègue cette tâche à Mme TyrandO car j’ai déjà du mal à reconnaître les gens qui me salue et j’en profite pour aller changer la roue crevée de la voiture et la garer dans le parking de l’hôtel.

J’éclate de rire en voyant sur la voiture un ... PV pour stationnement prolongé sur une zone bleue mais, la veille au soir en roulant sur la jante, je n’ai pas fait le difficile sur une place de stationnement !

Je récupère Mme TyrandO au poste de police où elle a effectivement reconnu 2 moros parmi les 474 enregistrés dans les fichiers de la police de Valencia. L’un de nos agresseurs a d’ailleurs un passé judiciaire chargé...

Je montre en rigolant le PV à Mme TyrandO... Je n’ai jamais vu ma meilleure moitié sortir aussi vite de la voiture, foncer sur les flics avec lesquels elle avait reconnus nos agresseurs et les interpeller « virilement »... Dans la minute qui a suivi, le PV a été annulé !

Conclusion :

- Les banques européennes doivent se sortir un doigt du cul car aux USA et au Canada, il est possible dans n’importe quelles banques de faire transférer des fonds depuis sa propre banque et cela sans considérations de succursales ou de correspondants !

- El Qaida a bien raison d’utiliser Western Union : ça marche très bien !

- Valencia est une belle ville avec un mélange étonnant d’architecture classique et moderne.

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